Une croix sur l'enfance

Une croix sur l'enfance Jean

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Adet




Jean-Pierre Sautreau raconte son enfance volée, violée et envolée au petit Séminaire de Chavagnes-en-Paillers.

Je viens d’avoir 11 ans cet avril 1960, et j’apprends que je vais partir au Séminaire de Chavagnes-en-Paillers rejoindre des dizaines d’autres enfants. Comme eux, on m’a découvert la vocation sacerdotale. J’ai soi-disant reçu un mystérieux appel à être prêtre. En réalité, cette élection ne résulte ni d’un événement extraordinaire, ni d’un choix personnel, mais de la conjuration d’adultes : enseignant, abbés de la paroisse, recruteur spécial autour du bon élève d’une famille catholique modèle plus ou moins subjuguée.
Je deviens ainsi l’agneau sacrifié d’une Église en mal de troupes pour assurer son développement. Mon enfance va m’être arrachée, ma singularité piétinée. Je vais connaître l’humiliation et la souillure, la solitude et la mélancolie avant d’être chassé six ans plus tard du troupeau et revenir vers des parents déçus et incompréhensifs. Bousculé dans ma construction d’être, privé notamment d’adolescence, je resterai marqué à vie par ces années, blessé en particulier par la distension du lien avec une mère qui m’a alors laissé partir.

Après de nombreux doutes et hésitations, Jean-Pierre Sautreau s'abandonne dans un récit poignant, accablant l'Eglise et ses parents d'avoir volé son enfance, écrit paradaxalement dans une écriture épurée et presque poétique.

EXTRAIT

Chers parents… J’ai dans l’oreille la chanson de Ray Ventura et ses collégiens. Comme dans Madame la Marquise, tout va très bien. Tout doit aller au mieux dans chaque récit hebdomadaire. Comment leur déplorer ces tout petits riens, qu’en réalité, ma longue navigation dans le skaï fauve et écœurant de l’autobus avait été une épreuve, que j’en étais descendu tout cafardeux et sans jambes, que je n’avais pas retenu une ligne du paysage, tout au long habité par la frêle silhouette maternelle irrésistiblement avalée dans la buée du départ, qu’à peine franchis les crocs blanchis de la grille, j’avais été ressaisi par la pénétrante tristesse des lieux, par leur rêche grisaille comme une cendre retombant sur les braises encore tièdes de cette courte fête passée avec eux, que je m’y sens abandonné dans un éternel hiver. Chers parents… tout va très bien comme chaque semaine. Comment leur confier qu’au réfectoire, alors que la règle du silence est exceptionnellement levée les jours de rentrée, ma table était restée ce soir-là sans paroles, que je n’y avais croisé que des visages lointains et fermés et qu’au dortoir certains lits n’avaient pu ravaler leurs sanglots. Comment m’épancher quand l’article 5 du Règlement intérieur précise : les lettres sont ramassées à la fin des études et remises à Monsieur le Supérieur, qui les fait parvenir à la poste. Les lettres doivent être remises ouvertes à Monsieur le Supérieur, qui, lui-même, rendra ouvertes les lettres que recevront les élèves.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

"La puissance des mots. A fleur de peau. Une jolie écriture. J ai été touchée." Corinne Girard 341968 sur Babelio

À PROPOS DE L'AUTEUR

Jean-Pierre Sautreau est né à Luçon où il réside. Ce livre est son premier récit. Il a auparavant essentiellement publié des recueils de poésie et des monographies.
Ses deux derniers livres sont Dans le jardin de mon père et Au fil de ma mère.
Stok Kodu
9782490839070
Basım Tarihi
2020-01-02
Dili
French
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